02 - La longue route

Vendredi 13 novembre, le porte conteneur MSC Los Angeles arrive enfin à Buenos Aires

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Dès lundi matin nous commençons les démarches administratives pour récupérer notre fourgon. Nous rencontrons, par hasard, Ruben Martinez, un habitué du port qui nous apporte une aide précieuse  pour ce qui va s’avérer être un vrai parcours du combattant.

 

Mardi en fin d’après midi, les papiers sont terminés, nous pourrons prendre possession du conteneur dès demain matin, après quelques formalités supplémentaires, bien entendu !

Vers midi, mercredi 18, nous quittons la zone portuaire avec notre conteneur.
 
 

Quelques péripéties pour en extirper le fourgon et nous traversons la ville pour le garer à proximité de notre  appartement, dans un parking gardé et fermé.

 

Jeudi, le voyage commence vraiment.

 

Nous prenons la direction de Tigre, dans la banlieue Nord de la capitale, au bord du fleuve Paraná, lieu de villégiature des Porteños.

 

Pensant être arrivés, nous demandons où est l’office de tourisme. « Ce n’est pas Tigre, ici, vous êtes à Pacheco ». Nous reprenons la route sans avoir compris les explications : dobla, dobla, dobla….gestes du bras à l’appui !

 

Demandons plusieurs fois et finissons par trouver un bureau d’information touristique. Nous ne sommes toujours pas à Tigre mais à San Fernando. Munis d’un plan, c’est plus facile et arrivons enfin à Tigre. Il faut dire que toutes ces villes se touchent et que dans toutes les villes les noms de rues sont les mêmes.

 

Ne trouvant pas de camping (ceux-ci se trouvent sur les îles du delta et ne sont accessibles qu’en « lancha ») ni de bivouac à notre goût, nous continuons jusqu’aux berges du fleuve, Paranã de Las Palmas.

 

La zone a été récemment  malmenée par un violent orage ; arbres arrachés, électricité coupée, route et pistes en très mauvais état.

 

Nous passons une très bonne nuit à proximité du fleuve (près du kiosque, pour ceux qui connaissent).

 

Le lendemain nous faisons route au sud. Les immeubles font peu à peu place aux vastes plaines verdoyantes de la Pampa.

 

A perte de vue, la plaine, les troupeaux, les lignes droites interminables. Le paysage devient, au fil des kilomètres, plus aride et la steppe de Patagonie remplace les pâturages.

 

Arrêt à Daireaux pour quelques achats, les commerces sont fermés jusqu’à 16 h. Nous trouvons un petit magasin de plats cuisinés et déjeunons sur place. Nous demandons où sont les toilettes, mais comme il n’y en pas, la patronne nous invite à utiliser sa salle de bain.

 

Nous choisissons des coins agréables pour passer les nuits avec de temps en temps une halte dans un camping.

Comme par exemple à Piguë, où se déroule la fiesta de la tradicion (fête gaucho). Le parc se remplit, les gens s'installent près des fogons (barbecues) et préparent la braise pour l'asado. Notre voisin vient nous voir et nous bavardons un moment. Un peu plus tard il nous apporte des belles côtes d'agneau et des chorizos grillés, un vrai régal.

 

Le seul relief aperçu après plus de 500 km de plaine, Sierra de la Ventana, culmine à 1300 m.

 

Le paysage est de plus en plus austère. Par endroits, le vent soulève la poussière arrachée aux champs désertifiés, réduisant la visibilité.
 
 

 Nous arrivons à Bahia Blanca pensant y faire étape. A part le centre ville, nous ne sommes pas emballés par l'environnement industrialisé des faubourgs et reprenons notre chemin et rencontrons notre premier contrôle sanitaire. Nous déjeunons sur place pour terminer les denrées interdites de transit (pas l'instestinal).

 

Nous passons la nuit dans une estancia, au bord du Rio Negro.

 

 

Nous atteignons notre premier grand objectif : la péninsule Valdès, à 1371 km de Buenos Aires.

 

Premier bivouac à Playa El Doradillo, seuls, même pas une baleine à l'horizon.

 

Puerto Madryn, fondée par des colons gallois en 1886, est le deuxième port de pêche du pays et également le siège de la plus grande usine d’aluminium du pays, construite en 1974.

La ville se développe rapidement et attire de nombreux Porteños fuyant le chaos de la capitale, les touristes venant en grand nombre observer la baleine franche australe.

 

Nous profitons de cette étape pour faire poser par un petit « chapista », un carrossier, pour la modique somme de 100 pesos, le lanterneau extra plat que nous avons acheté juste avant d’embarquer et que je n’avais pas eu le temps d’installer, (pour la petite histoire, Narbonne Accessoires Pau nous demandait 200 € pour la pose )

 

Sur toute la péninsule la belle route asphaltée laisse la place aux « ripios », une piste de terre et de gravier impraticable par temps de pluie. C’est d’ailleurs le seul revêtement rencontré dès que l’on quitte la ruta 3 qui relie Buenos Aires à Ushuaia par la côte Atlantique.
 
 Punta Norte, que l’on atteint au terme de 74 km de ripio, abrite une colonie d’éléphants de mer, et de lions de mer (cousins des otaries) ; on peut aussi y voir des baleines et des pingouins.
 

 Il y faisait un temps exécrable et nous n’avons aperçu, de loin, que quelques éléphants et lions et pour couronner le tout, nous nous sommes embourbés sur le trajet retour. Grâce à l’aide de quelques bras musclés (dont ceux de Dany) nous avons pu poursuivre notre chemin sous une pluie de plus en plus forte qui s’est transformée en véritable déluge, heureusement pour nous, après en avoir fini avec la piste et qui a eu pour avantage de nous laver le véhicule.

 

De retour à Puerto Madryn, nous rencontrons plusieurs équipages français qui nous indiquent le meilleur endroit pour observer les baleines, Playa Pardelas.

 

Le spectacle que nous offrent les baleines va nous enchanter durant plusieurs jours. Nous ne nous lassons pas de les voir évoluer, certaines avec leur progéniture, à quelques mètres du rivage.

 
 
Puerto Piràmides, 500 habitants, 400 à 600 baleines. Ce port en sommeil qui se consacrait à l’exportation du sel est devenu un village à l’atmosphère décontractée. On ne vient ici que pour observer les baleines. Lady Di y est venue en 1995 !
 
Nous nous garons au milieu de gros camping-cars (bus) allemands. Nous faisons figure de miniature. En allant jusqu'au village, nous rencontrons un couple d'autrichiens qui voyage en Goldwing avec une remorque de 450 Kg, véritable caravane pliante équipée de tout le confort.
 
 
Nous quittons Puerto Piràmides à destination de Trelew. Nous tournons en rond à la recherche d'un camping qui n'existe plus et atterissons dans la cour d'une maison où le sympathique propriétaire nous propose de nous installer sur son terrain, près de la rivière.
 
Nous allons jusqu'à Rawson, puis Playa Union où tout est fermé. Après déjeuner à la cantina de Marcellino, cher et décevant, nous revenons à Rawson où nous déposons notre linge dans une laverie et le récupérons à 19 h.
Nous demandons à un policier un endroit tranquille pour passer la nuit. Il nous indique le terrain en face le commissariat, nous proposant d'utiliser leurs toilettes et vient nous voir plusieurs fois pour demander si tout va bien.
 
70 Km plus loin, dont 22 km de ripio, à Punta Tombo, c’est la pinguinerie la plus importante d’Amérique du sud avec plus de 500.000 pingouins de Magallanes, venus se reproduire avant d’entamer une migration de quelques 6000 km vers le Brésil.
 
Un circuit délimite la zone des visiteurs, mais les pingouins, eux, vont partout. Certains sont dans les nids, avec leurs petits, d'autres se promènent ou vont jusqu'à la mer chercher la nourriture. Leur démarche est plutôt marrante. Ils mesurent environ 45 cm et pèsent 3,150 kg.
 
 
 
Nous avalons 154 km de piste pour rallier Camarones, petite ville paisible de 2000 habitants, en passant par Cabo Raso, un ancien petit port de pêche fantôme duquel ne subsistent que quelques ruines, sans voir un seul véhicule.
 
 

Après une nuit au camping où nous rencontrons de nouveaux voyageurs français, nous allons jusqu’à Cabo dos Bahias, par une mauvaise piste de 28 km, en passant à quelques pas d’une propriété appartenant à Florent Pagny.

 

Ici niche une autre colonie de pingouins d’environ 18000 couples ainsi que de nombreux lions de mer. Nous sommes les seuls visiteurs.

 

 
Nous passons la nuit, seuls, au bord de l’Océan à Playa Elola.
 
 

Au sud de Camarones, le paysage ne varie guère mais c’est vallonné et la route est agrémentée de nombreux virages ; c’est moins monotone. Nous atteignons Comodoro Rivadavia, la principale ville de toute la Patagonie avec ses 200.000 habitants. Elle connut un développement rapide au début du siècle dernier grâce à l’exploitation de gisements de pétrole découverts en 1907. Nous profitons de l’occasion pour faire régler le parallélisme du train avant et cherchons un atelier pour faire poser des bavettes de protection aux 4 roues. La 3ème adresse est la bonne, fourniture et pose pour 460 pesos, environ 83 €. Nous verrons leur efficacité dans les prochains ripios.

 

A une dizaine de kilomètres vers le sud, Rada Tilly, petite cité balnéaire offre un visage beaucoup plus accueillant et nous y passons trois nuits. Nous faisons la connaissance d'un couple et leur fils du 83 avec qui nous avions communiqué par mail pendant notre séjour dans la Capitale.

 

200 km d’asphalte et 50 km de ripio plus loin nous voila au monumento natural bosque petrificado.  Au milieu de nulle part, les troncs d’arbres pétrifiés il y a 65 millions d’années jonchent le sol. Certains mesuraient 100 m et avaient plus de 1000 ans lorsqu'ils succombèrent.
 
 

Il est 18 h 30, la visite dure environ 1 h 15 et la fermeture à lieu à 19 h 00. Nous sommes accueillis très aimablement et la gardienne nous propose d’effectuer  notre visite, vivant sur place elle attendra que nous ayons terminé pour nous commenter le musée.

 

Le bivouac étant interdit, comme dans tous les sites naturels, nous passons la nuit à l’extérieur du parc, en pleine nature.
 
 

Une nouvelle étape nous conduit à Puerto San Julian. A quelques kilomètres de la ville un panneau signale un circuit touristique en bord de mer. Nous quittons le bitume, longeons l’océan, déjeunons à Playa Mina, immense plage déserte et poursuivons par la piste qui nous offre un beau panorama.

 

 

Petite ville agréable, nous passons la nuit près de la baie où évoluent des dauphins de Commerson, d’assez petite taille (environ 1,50 m), le corps joliment contrasté de blanc et de noir, surmonté d’un aileron dorsal arrondi. Les jeunes sont gris, brun et noir.

 

Pour 2 pesos, je trouve dans une quincaillerie un embout pour remplacer celui de la vidange des eaux usées, victime des ripios.

 

Cherchant un boîte à lettres, nous nous retrouvons devant le bureau de poste fermé depuis plus d'une heure. Un fonctionnaire nous aperçoit, ouvre la porte et prend gentiment notre courrier.

 

Le lendemain, jeudi 10 décembre, nous nous arrêtons par hasard à Comandante Luis Piedrabuena. C’est une ville dont  la population est passée de 4.000 habitants en 2004 à 9.000 aujourd’hui, en majeure partie grâce aux militaires qui une fois leur service terminé, s’y sont installés avec leur famille.

 Elle est surnommée Ciudad murales car de nombreuses fresques réalisées par des artistes venant d’horizons divers, décorent les rues, les places ainsi que les façades de certains bâtiments comme le théâtre, un restaurant ou la gare routière. Elles sont dans ce cas en rapport avec l’activité du local.
 

 
 
 
Après une nuit passée sur l’avenue principale, nous reprenons la route jusqu’à l’estancia Monte Leon, où est installée l’administration du parc national du même nom. Le gardien nous fait visiter les installations et après les explications sur le fonctionnement de l’ancienne estancia de 62.000 hectares, qui fut donnée à l’état par les derniers propriétaires en échange de la création de ce parc.
 
 
Nous empruntons une piste d’une trentaine de kilomètres de ripio avant d’arriver au camping Kimiri, seul endroit du site autorisé pour passer la nuit. Il n’y a pas de douches, peu d’eau, pas d’électricité mais 45 pesos tout de même.
A l’aube, un puma a été aperçu à proximité.  

 

Sur place, nous discutons avec un couple d’allemands arrivés la veille et un chilien s’installe peu après nous. Après une nuit on ne peut plus calme, nous reprenons notre route.

 

Rio Gallegos,  patrie de la Présidente Cristina Kirchner, sera notre prochaine étape. C’est la dernière grande ville avant la Terre de Feu.

Nous dînons au restaurant pour fêter la Ste Danielle.

Comme on ne reconnaît plus le fourgon à cause de la poussière accumulée au fil des kilomètres, nous lui offrons un bon lavage mais à peine terminé, quelques gouttes de pluie suffisent pour réduire à néant ce beau travail car la poussière vole partout.

Nous passons 2 nuits, sur un parking en face du Casino en toute quiétude. Depuis quelques jours nous côtoyons un couple de camping-caristes argentins très sympathiques .

 

Nous sommes à 64 km du Chili mais nous avons prévu de passer une nuit à Laguna Azul,

ancien volcan dont le cratère forme un lac aux eaux bleues d’une profondeur de 55 m en son centre, située 9 km avant la frontière. L’exigüité du lieu nous fait changer d’avis et après déjeuner, nous levons le camp.
 
 
 

Nous arrivons à la frontière juste après un bus ce qui a pour conséquence de nous faire passer 1 heure pour faire les formalités. Particularité, les Argentins et les Chiliens sont tous dans le même bâtiment, immigration, police, douane, c’est pratique.

 

Après 56 km nous arrivons à l’embarcadère de Punta  Delgada et prenons le bac qui relie le continent à la Terre de Feu en ½ heure environ.

L’asphalte laisse rapidement la place au ripio ; nous décidons de passer la nuit, près du poste frontière, à San Sebastian, côté chilien.

En faisant le tour du véhicule je m’aperçois qu’un gros clou est planté dans un pneu. Après le dîner je remplace la roue en espérant pouvoir faire réparer rapidement car avec les ripios, on n’est jamais tranquille.

 

Le mardi matin, les formalités douanières (toujours dans un seul bâtiment pour les deux pays) rapidement effectuées, nous ripions jusqu’au San Sebastian argentin et retrouvons enfin le bitume. En arrivant à Rio Grande, nous faisons réparer la crevaison (20 pesos). Ayant terminé nos provisions de frais pour passer la douane, nous nous rendons dans un supermarché pour faire le ravitaillement. Un tour dans la ville nous laisse une bonne impression.

 

Nous prenons la direction de Tolhuin, petite ville calme dont la majorité des constructions sont des chalets en bois. Dommage que l’entretien de certains soit négligé car cela gâche le charme de ce bourg en forêt. La célèbre panaderia la Union, constituant le cœur du village, nous fait craquer pour quelques gourmandises.

 

Nous passons 4 jours au bord de l’immense lac Fagnano avec la montagne aux cimes encore blanches pour horizon et la wifi dans le fourgon. Ballades et farniente pour programme.
 
 

Depuis quelques kilomètres le paysage a enfin changé : du relief, des virages, des prairies et des forêts verdoyantes.

 

C’est sous une pluie fine que nous effectuons les 104 km qui nous conduisent à Ushuaia.
 
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